Le rayonnement de la monarchie absolue...
La société du XVII° siècle
 

La cour reste le centre des activités sociales et culturelles. Mais le fait social le plus important du siècle est la prodigieuse ascension de la bourgeoisie, tandis que la misère s'accroît dans les campagnes

Allegrain, "Promenade de Louis XIV", vers 1668.
"Le Conseil d'En-Haut", almanach royal, 1682.
in Histoire de France de Guizot

E. Allegrain, Promenade de Louis XIV en vue du Parterre

du Nord dans les jardins de Versailles vers 1688,

XVII° siècle. Huile sur toile, 2,34 x 2,96.

Châteaux de Versailles et de Trianon.

Le Conseil d'En-Haut, Almanach royal, 1682. BnF.

 

"La misère des paysans", in Histoire de France de Guizot, 1875, France

La noblesse

Les jeunes gens de la noblesse assurent, pendant une bonne partie de l'année, un service dans les armées royales, qui leur offre une promotion auprès du roi. Le reste de leur temps est partagé entre la chasse, le maniement des armes - malgré l'interdiction des duels par Richelieu - et les jeux sportifs, telle la paume. On compte plus de cent salles de jeu de paume à Paris ! L'existence des dames se déroule dans les salons, et les nombreux lieux à la mode, les galeries du Palais-Royal, le Cours-la-Reine, le jardin des Tuileries. Le soir, ce sont les dîners, les bals, spectacles, et, surtout, le jeu. Bien des nobles s'y ruinent !

Avec Louis XIV, une évolution se produit : il veut soumettre ces nobles, dont la Fronde lui a donné un exemple de révolte.  La cour prend de l'ampleur : 10000 hommes dans la maison militaire, 4000 dans la maison civile. Elle est d'abord un organisme politique, régi par le conseil du roi, avec des audiences officielles, des réceptions d'ambassadeurs, des  signatures de traités... Mais elle est aussi le lieu où il faut "paraître" : assister au "petit lever du roi", être salué dans la galerie des glaces... voilà des privilèges enviés ! Le roi attire les courtisans en distribuant faveurs, charges et pensions.

La cour s'organise donc autour de la personne du roi, et les intrigues, les rivalités y sont nombreuses, notamment entre les favorites et ceux qu'elles soutiennent, par exemple Mme de  La Vallière ou Mme de Montespan. Il s'y donne des fêtes perpétuelles, mascarades, opéras, ballets, feux d'artifice... Sont restés un exemple les "Plaisirs de l'île enchantée", qui se sont déroulés, en mai 1664, pendant six jours à Versailles, encore en chantier.

Gérôme," Réception du Grand Condé par Louis XIV", 1878.

J.-L. Gérôme, Réception du Grand Condé par Louis XIV (Versailles, 1674), 1878.

Huile sur toile, 96,5 x 139,7 . Musée d'Orsay, Paris.

Un livre à feuilleter pour découvrir la journée du roi : cliquer sur l'image.

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Le lever du roi
Le clergé et les courants religieux
Anselin, "Molière lisant son Tartuffe chez Ninon de Lenclos"

J.-L. Anselin, Molière lisant son Tartuffe chez Ninon de Lenclos, XVIII° siècle.

Détail d'une gravure d'après le tableau de N.-A.  Mansiau.

La déroute et confusion des jansénistes, 1653

La déroute et confusion des jansénistes, 1653.

Gravure tirée d'un almanach publié par les jésuites.

 

Dupré, "Le jésuite sécularisé", 1683

Dupré, Le jésuite sécularisé, 1683.

Bibliothèque André-Desguine.

Au XVII° siècle, dans une France catholique considérée comme la "fille aînée de l'Eglise", et sous une monarchie dite "de droit divin", le clergé joue un rôle essentiel. Mais il y a loin des prêtres de campagne, souvent peu instruits et aussi pauvres que leurs fidèles, à ce "haut clergé" proche des puissants du royaume.

La Réforme protestante a entraîné une "Contre-Réforme" de la part de l'Eglise romaine, qui entreprend une lutte afin de revenir à des pratiques plus conformes au dogme et à la charité chrétienne : fondation d'hôpitaux pour les plus pauvres, d'hospices, de l'oeuvre des "Enfants trouvés", réforme des ordres monastiques, amélioration de l'éducation des prêtres...

 

Mais le catholicisme se divise en courants bien différents :

- Les jésuites sont très puissants, notamment à travers leurs collèges qui forment l'élite du pays, et jusqu'au sein des familles, comme précepteurs, confesseurs, directeurs de conscience. Désireux de concilier la morale religieuse et les moeurs de l'époque, donc "sécularisés" (cf. gravure ci-dessus), ils pratiquent une forme de tolérance, qu'on leur a vivement reprochée. Ils sont aussi, par leur position sociale, très au courant des affaires, voire des intrigues, du royaume, et participent activement à la vie publique, comme le père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, qui a exercé sur lui une grande influence.

- Les jansénistes, pour leur part, se sont donné comme objectif de ramener l'Eglise à une morale plus rigoureuse. Leur doctrine se fonde sur l'Augustinus de Jansenius, publié en 1640, qui affirme la "grâce nécessaire et suffisante", c'est-à-dire que le salut de l'homme relève  seulement de la toute-puissance divine. Les "Solitaires", comme on les nomme, cherchent, eux aussi, à asseoir leur influence par l'enseignement, notamment dans les "Petites Ecoles" de Port-Royal : ils ont comme élèves, entre autres, Pascal et Racine. Mais cette doctrine, proche de la prédestination, est condamnée par le pape, en 1653, et les jansénistes subissent de multiples persécutions (cf. gravure ci-dessus) jusqu'à la destruction de l'abbaye en 1710.

- La Compagnie du Saint-Sacrement, fondée en 1627, réunit des nobles et de grands bourgeois, avec le soutien d'Anne d'Autriche, dans ce même objectif de "promouvoir la gloire de Dieu". Mais, pour cela, tous les moyens sont bons ! Leurs membres tentent de régenter les moeurs des familles, se font directeurs de conscience des dévots, recourent parfois à la délation... Molière les dépeint dans Le Tartuffe, et, même s'il s'agit d'une caricature, le fond de vérité est tel que la "cabale des dévots" parvient à faire censurer sa comédie. Mais leurs actions finissent par gêner le pouvoir royal, qui dissout la Compagnie en 1665.

- Le quiétisme est un mouvement plus individualiste, fondé sur une forme de mysticisme : le dévot doit rechercher une union de son âme avec Dieu, par l'ascèse et la prière. Là encore, Rome intervient pour condamner cette doctrine qui met en péril la puissance du clergé, et la déclare hérétique en 1687, ce qui conduit à la disgrâce de ses fidèles, tel Fénelon.

 

Dans cette atmosphère, il est indispensable d'afficher sa foi, à l'exemple des courtisans qui se montrent, aux côtés de Louis XIV, à la messe quotidienne à la chapelle de Versailles... Mais cela conduit à bien des excès ridicules, à l'image de cet Onuphre dont La Bruyère fait le portrait dans ses Caractères.

Onuphre n'a pour tout lit qu'une housse de serge grise, mais il couche sur le coton et sur le duvet ; de même il est habillé simplement, mais commodément, je veux dire d'une étoffe fort légère en été, et d'une autre fort moelleuse pendant l'hiver ; il porte des chemises très déliées, qu'il a un très grand soin de bien cacher. Il ne dit point : Ma haire et ma discipline, au contraire ; il passerait pour ce qu'il est, pour un hypocrite, et il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot : il est vrai qu'il fait en sorte que l'on croit, sans qu'il le dise, qu'il porte une haire et qu'il se donne la discipline. Il y a quelques livres répandus dans sa chambre indifféremment, ouvrez-les : c'est le Combat spirituel, le Chrétien intérieur, et l'Année sainte ; d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par la ville, et qu'il découvre de loin un homme devant qui il est nécessaire qu'il soit dévot, les yeux baissés, la démarche lente et modeste, l'air recueilli lui sont familiers : il joue son rôle. S'il entre dans une église, il observe d'abord de qui il peut être vu ; et selon la découverte qu'il vient de faire, il se met à genoux et prie, ou il ne songe ni à se mettre à genoux ni à prier. Arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autorité qui le verra et qui peut l'entendre, non seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs ; si l'homme de bien se retire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne souffle pas.

Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688, chapitre XIII "De la mode", 24

Cependant, certains résistent : ce sont les libertins, dont Molière a présenté un exemple extrême avec son personnage de Dom Juan. Au début du XVII° siècle, ils sont violemment combattus, brûlés même sur le bûcher comme, en 1619, l'Italien Vanini, qui nie l'immortalité de l'âme, ou jetés en prison comme Théophile de Viau.

Mais les salons les accueillent, notamment celui de Ninon de Lenclos (cf. gravure ci-dessus), et certains bravent ouvertement les interdits. Par exemple le cardinal de Retz, avec quelques amis, lève l'épée contre le crucifix, lors d'un enterrement en criant "Voilà l'ennemi." Il y a aussi, parmi eux, des intellectuels qui s'élèvent contre les miracles, les superstitions, tels La Mothe Le Vayer ou Saint-Evremont. A la fin du siècle, le terrain est préparé pour les nouveaux combats des philosophes du XVIII° siècle.

Le tiers-état et ses composantes

De plus en plus au cours du siècle, le fossé se creuse entre une haute bourgeoisie qui s'enrichit et gagne du pouvoir, et le petit peuple qui vit dans la misère, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, où la guerre provoque destructions et famines.

L'ascension de la bourgeoisie

Louis XIV, après la Fronde, écarte les nobles du pouvoir et s'entoure de bourgeois qu'il élève aux plus hautes dignités, comme Louvois, Le Tellier, et surtout Colbert... Celui-ci, à la fois ministre des Finances, de l'Economie, du Commerce et de la Marine, essaie d'organiser la politique du royame, en épurant les finances. Il aide le développement du commerce et de l'industrie, en créant d'importantes manufactures, telle celle des Gobelins (cf. gravure ci-contre). Sous son impulsion, de nombreux monuments sont construits à Paris. Parallèlement s'accroît le pouvoir des financiers qui, de bourgeois qu'ils étaient, achètent des titres et des charges et constituent ce que l'on nomme "la noblesse de robe". Certes, cela est bien utile pour remplir le trésor royal, mais ainsi se forme une classe de parvenus qui abusent souvent de leur nouvelle puissance. La Bruyère s'est attaqué à eux dans plusieurs portraits des Caractères, tel celui de Champagne, un fermier général, receveur des impôts, dans le chapitre "Des biens de fortune" :

Le Clerc, "Colbert visitant les Gobelins"

S. Le Clerc, Colbert  de Villacert visitant les Gobelins, XVII° siècle.

Gravure. Collection du Musée national.

Champagne, au sortir d'un long dîner qui lui enfle l'estomac, et dans les douces fumées d'un vin d'Avenay ou de Sillery, signe un ordre qu'on lui présente, qui ôterait le pain à toute une province si l'on n'y remédiait. Il est excusable : quel moyen de comprendre, dans la première heure de la digestion, qu'on puisse quelque part mourir de faim ?

La misère du peuple

N. Guérard, Les embarras pour la circulation, au pont Neuf à Paris , XVIII° siècle. Musée Carnavalet, Paris. 

Guérard, "Embarras pour la circulation sur le pont Neuf, à Paris"
J. Callot, "Un gueux", XVII° s.
Marlet, "Quatre mendiants"

Les conditions de vie pénibles du peuple : vagabonds et mendiants. Gravures de J. Callot (XVII°siècle) et de Marlet (XIX° siècle). BnF.

Mais la plus grande partie de la population vit dans une misère totale, que décrit le maréchal de Vauban dans son essai De la Dîme royale, alors que c'est elle qui fait prospérer le royaume. A Paris, les logements populaires sont des taudis, où règne l'insalubrité, les rues sont étroites et encombrées (cf. gravure ci-dessus), et on compte plus de dix "cours des miracles", où se rassemblent la nuit voleurs, vagabonds et mendiants. Les rues des villes ne sont pas sûres, et c'est encore pire sur les routes de province tant la misère est grande. Les impôts écrasent les paysans, la taille, qui leur est réservée, la gabelle sur le sel, la dîme pour le clergé, les aides, taxes sur les boissons, et les traites, droits de passage d'une province à une autre. Cela est encore accentué par les abus des percepteurs, les fermiers généraux.

Le bas peuple ne vit que de pain d’orge et d’avoine mêlés, dont ils n’ôtent pas le son, ce qui fait qu’on peut soulever le pain par les pailles d’avoine dont il est mêlé. Ils se nourrissent encore de mauvais fruits, la plupart sauvages, et de quelques herbes potagères de leurs jardins, cuites à l’eau avec un peu d’huile de noix ou de navette [sorte de colza], le plus souvent avec très peu de sel (…).

Les vins sont médiocres, le commun du peuple en boit rarement ; il ne mange pas trois fois de la viande en un an. Il ne faut donc pas s’étonner si des peuples si mal nourris ont si peu de force. A quoi il faut ajouter que les trois quarts ne sont vêtus, hiver et été, que de toile à demi pourrie et déchirée et chaussés de sabots dans lesquels ils ont le pied nu toute l’année.

Vauban, Description de l'élection de Vézelay, 1696

L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent… quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet ils sont des hommes, ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines.

La Bruyère, Les Caractères, 1688

Votre peuple meurt de faim, la culture des terres est abandonnée, les villes et les campagnes se dépeuplent. Au lieu de tirer de l’argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l’aumône et le nourrir. Il est plein de désespoir. La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé et sans provisions. La révolte s’allume peu à peu.

Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1693

A la fin du siècle, le trésor royal est vide, le roi refuse toute réforme de l'impôt, les mauvaises récoltes s'ajoutent aux épidémies de peste, de typhus..., provoquant des famines, particulièrement sévères en 1687, 1693 et 1694. De ce fait, les pamphlets se multiplient, ainsi que les jacqueries, qui sont réprimées avec violence.

 
 
 
 
Sciences et techniques
 

La curiosité des gens cultivés pour les sciences, notamment la physique et l'astronomie, se  développe. L'Académie des sciences soutient cet essor, qui conduit à d'importants progrès techniques.

Fermat, tombre commémoratif de sa naissance
La machine à vapeur de Papin
L'expérience de Pascal, in Giguier, "Les merveilles de la science"

Timbre de commération de la naissance de Fermat.

La machine à vapeur de Papin,

exposée au Musée des Arts et Métiers.

"L'expérience de Pascal sur la mesure de la pression atmosphérique au sommet du Puy de Dôme en 1718"

in L. Figuier, Les Merveilles de la science, 1867-1869

Au XVII° siècle, la circulation des idées scientifiques s'accentue, notamment grâce aux traductions, telle celle des textes de  Galilée par Marin Marsenne. De plus, l'approche scientifique se modifie : au lieu de professer des théories, de se limiter à la description des phénomènes, on les mesure, on les compare, on leur applique des calculs mathématiques, on observe la nature, inanimée ou animée, de l'homme aux micro-organismes. Les mathématiques, en effet, progressent  : Fermat (cf. Image ci-dessus) fonde l'arithmétique moderne, renouvelle l'algèbre, et pose la théorie des nombres, complétée par Descartes et Roberval, plus connu pour son invention de la balance. De la correspondance entre Pascal et Fermat naissent le calcul infinitésimal et le calcul des probabilités. Desargues, lui, étudie la géométrie pure. Ces travaux entraînent les progrès de la physique. Descartes, Pascal,  avec ses mesures de la pression atmosphérique (cf. Image ci-dessus), Roberval, Mariotte, Denis Papin (cf. Image ci-dessus) l'enrichissent en étudiant, entre autres, la dynamique, l'astronomie, l'optique...

Le pouvoir royal soutient l'activité scientifique, par la création de l'Académie royale des sciences et celle de l'Observatoire. Colbert, en effet, a très vite compris le profit à tirer de ces avancées scientifiques dans le domaine technique, par exemple pour le fonctionnement des manufactures, dans l'amélioration des transports, de la marine  et, bien sûr, dans l'art militaire

Pour découvrir les travaux de Fermat : cliquer sur le lien.

Pour en savoir plus sur l'Observatoire : cliquer sur le lien.

Testelin, "Colber présente à Louis XIV les membres de l'Académi royale des sciences", vers 1670.

H. Testelin, Colbert présente à Louis XIV les membres de l'Académie royale des sciences créée en 1667, vers 1670. Huile sur toile, 348 x 590. Châteaux de Versailles et de Trianon.

[...] je ne fais plus de difficulté de prendre ce troisième [principe], que la nature n'a aucune répugnance pour le vide ; qu'elle ne fait aucune effort pour l'éviter ; que tous les effets qu'on a attribués à cette horreur procèdent de la pesanteur et de la pression de l'air ; qu'elle en est la seule et véritable cause et que, manque de la  connaître, on avait inventé exprès cette horreur imaginaire du vide pour en rendre compte. Ce n'est pas en cette seule rencontre que, quand la faiblesse des hommes n'a pu trouver les véritables causes, leur subtilité en a substitué d'imaginaires, qu'ils ont exprimées par  des noms spéciaux qui remplissent les horreurs et non pas l'esprit. [...]

Ce n'est pas toutefois sans regret, que je me dépars de ces opinions si généralement reçues ; je ne le fais qu'en cédant à la force de la vérité qui m'y contraint. J'ai résisté à ces sentiments nouveaux, tant que j'ai eu quelque prétexte pour suivre les anciens ; les maximes que j'ai employées en mon Abrégé le témoignent assez. Mais enfin, l'évidence des expériences me force de quitter les opinions où le respect de l'antiquité m'avait retenu.

Pascal, Lettres sur la physique, publication posthume

 
Les arts

Sous Louis  XIII, les arts restent encore exubérants : c'est le mouvement baroque. Avec Louis XIV, la tendance s'inverse : la recherche de la sobriété, de l'équilibre, fait triompher le classicisme.

 

Observer pour comparer

S. de Brosse, La fontaine Médicis, Paris.

S. de Brosse, château de Blérancourt, 1612.
J. Hardouin-Mansart, l'entrée du château de Versailles

S. de Brosse, l'entrée du château de Blérancourt, 1612

J. Hardouin-Mansart, l'entrée du château de Versailles, 1674

Architecture et sculpture

L'architecture choisie par de Brosse (cf. image ci-dessus) illustre les caractéristiques du baroque, au début du XVII° siècle. La symétrie des deux corps de garde n'empêche pas la surcharge des pilastres et des colonnades, et l'ajout de coupoles, d'ornementation sculptée.

Ce goût se retrouve alors dans les décors des "pièces à machine" au théâtre, et des opéras, mais aussi dans les appartements, avec l'accumulation pittoresque de rocaille et de guirlandes. Il se reconnaît aussi dans les façades d'église du style dit "jésuite", à l'imitation de l'église du Gesù à Rome.

On mesure la différence avec la pratique architecturale classique, telle celle de J. Hardouin-Mansard (cf. image ci-dessus) à  Versailles. L'ensemble s'allège, les colonnes s'épurent, la volonté d'une symétrie rectiligne s'affirme. Les coupoles sont remplacées par des frontons à l'image des temples antiques. Tout doit servir la grandeur du "roi soleil" et de son règne.

La sculpture, dans une moindre mesure, montre la même évolution, entre les formes en mouvements, avec une recherche d'expressivité, chez Sarazin ou les frères Anguier, et les choix classiques dont les statues de Versailles donnent un bon exemple. Par exemple Girardon, les frères Marsy, reviennent à des modèles antiques où le mouvement est plus solennisé, la pose plus équilibrée.

G. de La Tour, "Saint Jérôme pénitent", entre 1625-1642
N. Pousson, "La sainte famille à l'escalier", 1648.

N. Poussin, La Sainte Famille à l'escalier, 1648. Huile sur toile, 118  x 197. Museum of Art, Cleveland.

G. de La Tour, Saint Jérôme pénitent , entre 1625 et  1642.

Huile sur toile, 152 x 109. Nationalmuseum de Stockholm.

La peinture

Ces deux tableaux, à sujet religieux, permettent d'observer le passage du baroque (De La Tour,  Callot, Le  Nain) au classicisme : Poulain, Lorrain.
Georges de La Tour joue sur l'éclairage, en clair-obscur, pour souligner le corps décharné. Le rouge met en valeur, selon la symbolique traditionnelle, d'abord le pouvoir, avec la cape et le chapeau de cardinal, qui semble étrangement suspendu, et le sang, avec le bout sanguinolent de la corde qui sert au châtiment. Se punit-il d'un orgueil excessif, de ce titre de cardinal que lui avait valu sa traduction en latin de la Bible, rappelée par le livre ouvert ? Le blanc lumineux de ce livre et du vêtement dépouillé renforce l'image d'une ascèse, justifiée par la croix. Le tableau donne l'impression d'une foi douloureuse, vécue dans la souffrance, signe du baroque.

L'observation des dessins et gravures de Jacques Callot, ou des familles de paysans peintes par Le Nain conduit à des remarques semblables : des personnages tourmentés, des lignes parfois tortueuses, une symbolique qui souligne les difficultés de l'existence. Chez Le Nain aussi la lumière joue un rôle essentiel, comme pour figer les personnages dans l'immobilité d'un moment intense.

Il en va tout autrement dans la peinture classique, dont Poussin donne ci-dessus un exemple. Le décor évoque les monuments antiques, en jouant sur le parallélisme des lignes, verticales et horizontales, qui structurent géométriquement le tableau. Les personnages s'inscrivent dans un triangle légèrement décentré à gauche, l'éclairage laissant dans l'ombre Joseph, absorbé par l'écriture. En revanche, le rouge illustre la puissance de la Vierge-mère, tandis que le bleu du drapé de sa robe, en écho au bleu céleste, rappelle l'amour et la grâce que représente cette figure biblique. L'enfant Jésus, éclairé lui aussi, marque le centre du tableau ; sa main se tend vers la pomme que lui tend l'autre enfant, Jean-Baptiste, fils d'Elisabeth, la cousine de Marie... Faut-il y voir un symbole de ce péché originel pour le rachat duquel le Christ mourra sur la croix ? Les objets alignés au premier plan, corbeille de fruits, vase richement sculpté, coffret, symbolisent, eux, le matérialisme que la foi doit combattre. L'ensemble, ordonné, équilibré, avec la répartition des couleurs, donne une impression de sérénité, signe d'une foi paisible et lumineuse.

Cette même impression se retrouve dans les paysages de Claude Lorrain, qu'ils soient campagnards, ou rappellent des faits mythologiques, qu'ils soient baignés dans la lumière du soleil de mid, ou avivés par les rayons plus intenses du couchant.

Le Lorrain, "Ulysse remet hryséis à son père", vers 1644

C. Gellée, dit Le Lorrain, Ulysse remet Chryséis à son père, vers 1644. Huile sur toile, 150 x 119. Musée du Louvre, Paris.

Lire une analyse de ce tableau de Claude Le Lorrain :

cliquer sur l'image.

Garnier, "Allégorie à Louis XIV"

J. Garnier, Allégorie à Louis XIV,  protecteur des Arts et des Sciences, XVII° siècle. Huile sur toile, 163 x 204.

Musée national du château de Versailles.

P. Guédron, Cessez mortels de soupirer, air de cour. S. Fuchs, soprano, accompagnée par D. Schoskes au luth.

J.-B. Lully, Marche pour la cérémonie des Turcs et Chaconne d'Amadis, 1670.

M.-A. Charpentier, Te Deum, 1688-1698.

Le Poème harmonique et Les cris de Paris, conduit par Vincent Demestre

F. Couperin, Les Ombres errantes, 1713-1730.

La musique
Bouys, "Portrait de Marin Marais", 1704

A. Bouys, Portrait de Marin Marais, 1704. Huile sur toile, 53 x 40. Musée de la musique, Paris.

Sous Louis XIII, l'aristocratie s'empare de la musique, jouée davantage dans les salons précieux et à la cour. De ce fait, se développe "l'air de cour" : il se spécialise dans les thèmes galants, dans des sujets mélancoliques, comme ceux de Pierre Guédron (cf. extrait ci-dessus) ou d'Antoine Boësset, musiciens qui dominent la musique baroque. Ces airs, raffinés, parfois maniérés, plaisent à ce public, qui apprécie aussi les ballets à la mise en scène fastueuse.

Mais un tournant s'opére quand s'impose auprès de Louis XIV Jean-Baptiste Lully, qui devient Surintendant de la musique. Il collabore, notamment aux comédies-ballets de Molière, telle le Malade imaginaire (cf. extrait ci-dessus), et, prenant, en 1672, la charge d'administrateur de l'Académie royale de musique, il réalise les premières tragédies lyriques. Ainsi l'opéra s'implante, avec une influence italienne, mais des accents qui correspondent à la grandeur du siècle.

A sa mort, ses successeurs marchent sur ses traces. Marc-Antoine Charpentier, par exemple, italianise la musique religieuse tout en lui conservant la solennité voulue, comme dans son Te Deum (cf. extrait ci-dessus). Enfin François Couperin travaille plus particulièrement la dimension instrumentale, notamment avec l'orgue pour les pièces religieuses, ou bien le clavecin pour des morceaux plus intimistes (cf. extrait ci-dessus).