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Ghislaine Cotentin

Professeur de Lettres

De la lecture spontanée à l'analyse littéraire...

Les fonctions du langage

L'héritage de l'antiquité

Dès l'antiquité grecque, les rhéteurs, qui étudient l'élaboration des discours, ont essayé de poser des critères d'analyse. Certains sont restés célèbres, souvent repris, telles les sept questions que propose Quintilien : "Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Avec quels moyens d'appui ?" Elles permettent souvent de dégager l'essentiel d'un texte, mais ne constituent qu'une première approche.

La communication : schéma de Jakobson.
Les principales fonctions d'un texte.
R. Jakobson, Essais de linguistique générale, 1960

Jakobson, en étudiant la communication, y observe six éléments fondamentaux (cf. schéma ci-contre). Entre un émetteur et un récepteur (les interlocuteurs quand il s'agit d'une conversation, le scripteur et le lecteur pour un écrit) s'échange un message, à propos d'une personne, d'un sujet. C'est le contexte, c'est-à-dire le lieu, le moment, qui soutient le message. Cet échange implique que l'émetteur entre en contact avec son interlocuteur, qu'il attire son attention et la retienne. Enfin, le locuteur dispose d'un code pour s'exprimer : par exemple, des gestes, code non verbal, peuvent appuyer ses mots. 

 

Cette observation initiale le conduit à dégager les fonctions correspondantes (cf. tableau ci-contre).
Elles sont utiles à l'analyse littéraire, car elles illustrent les principaux rôles d'un texte, donc les intentions de son auteur. Il peut, par exemple, privilégier la fonction référentielle : son texte reste alors plus neutre, plus objectif. Il veut d'abord informer, décrire, expliquer. Dans ce cas, le lecteur doit aussi s'intéresser aux raisons de son choix. Au contraire, un écrivain peut s'engager dans un débat sur un sujet de société. Plusieurs fonctions prédominent alors, en priorité la fonction conative, car il cherche à convaincre son lecteur, à le faire changer d'avis, mais aussi la fonction émotive, car son texte est souvent plus subjectif, il laisse transparaître ses propres sentiments.

Du texte à l'oeuvre
 

L'analyse d'un texte littéraire littéraire diffère donc de la lecture spontanée, car elle oblige le lecteur à un effort : il doit observer de près, par exemple, le lexique choisi, la ponctuation plus ou moins expressive, relever les particularités du rythme des phrases... (cf. onglet "Stylistique")
Ainsi, on oppose souvent cette activité à une lecture qui offrirait simplement un moment de plaisir. Mais le plaisir ne peut-il pas naître aussi de ce qui peut se vivre comme une sorte d'enquête policière ? Il s'agit bien, en effet, d'un relevé d'indices, à recouper, à organiser, pour arriver à une interprétation. En perdant sa spontanéité, le lecteur perd également sa naïveté, il mesure mieux les intentions de l'écrivain - et les pièges qu'il lui tend parfois ! - et partage davantage sa création. 

 

Mais il y a encore un pas à franchir entre l'analyse d'un texte, limité à 15-25 lignes/vers, et celles d'une oeuvre intégrale, dont l'étude fonde les nouveaux programmes du lycée, pour toutes les séries, qu'elle soit effectuée en classe, collectivement, ou de façon autonome, en lecture personnelle. 

L'oeuvre intégrale, en effet, constitue un ensemble structuré. Même un recueil de poèmes peut suivre un ordre voulu par l'auteur, important à étudier, tout comme son titre d'ailleurs, ou le moment choisi pour l'entrée d'un personnage au théâtre.
De plus, l'intrigue répond à un rythme : elle peut introduire des pauses, faire des retours en arrière... Enfin les personnages y évoluent, ce qui complique leur étude.

Ajoutons à cela le fait de "porter un jugement" sur l'oeuvre, difficile à justifier souvent par de jeunes lycéens.

L'analyse d'un corpus
 

L'épreuve écrite de français au baccalauréat ne repose plus sur un corpus, un ensemble de documents. Cependant, le programme associe l'étude d'une oeuvre intégrale à un "parcours littéraire", c'est-à-dire un "corpus", sur lequel s'appuie la 1ère partie de l'épreuve orale qui demande une explication d'un des textes étudiés. Cela implique donc que l'élève mesure l'organisation de ce corpus, pour en dégager le sens. D'où l'importance d'une approche comparative : aux qualités nécessaires pour l'analyse s'ajoutent des qualités de synthèse.

Le corpus, en relation avec l'oeuvre étudiée, est organisé autour d'une problématique, qui permet un questionnement. Elle peut porter sur un thème commun, par exemple l'image de la guerre, l'exil, l'amour perdu, décliné sous différents points de vue, à différentes époques, dans différents genres ou registres. Parfois les documents abordent des thèmes différents, l'intérêt du parcours portant alors sur les variations d'un genre, par exemple, dans la poésie, le sonnet, voire d'un registre, tel l'épique, glissant de l'épopée antique au roman contemporain...

Il est donc possible de proposer aux lycéens une question de synthèse sur le corpus proposé. Dans ce cas, deux exigences augmentent la difficulté de cet exercice :

  • Une consigne oriente l'analyse : elle n'a donc pas à être exhaustive. Le réponse doit rester dans ce cadre précis, tout en s'appuyant sur des exemples choisis dans l'ensemble du corpus.

  • L'exercice implique une comparaison des documents. Il est donc impossible de rédiger la réponse en expliquant un texte après l'autre, ce qui conduirait à des répétitions incessantes. La réponse est organisée en fonction des points essentiels retenus, qui forment des paragraphes.

Pour découvrir les problématiques des parcours proposés dans le nouveau programme de 1ère 
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