
Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck, 2007
Le titre du roman de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck, paru en 2007, lauréat de plusieurs prix littéraires, dont le Goncourt des lycéens, pose pour ligne directrice de son intrigue ce « rapport » que Brodeck doit écrire, sur ordre des notables de son village. Mais ce récit du terrible événement subi par « l’Anderer », l’Autre, l’étranger qui s’est installé au village, chargé de mystère, renvoie le narrateur à sa propre mémoire, souvenirs d’une existence marquée par les horreurs de la guerre. Comment l’énonciation, entrecroisant les lieux, les temps et les personnages, soutient-elle la réflexion humaniste ?

Raphaël Confiant, Nègre marron, 2006
La construction de Nègre marron, roman de Raphaël Confiant, un des fondateurs de la "Créolité", est particulièrement originale. Il fait découvrir cinq moments clés de l’histoire du monde noir à la Martinique (1685, 1792, 1841, 1930, 1978) à travers ce personnage symbolique, devenu mythique, le Nègre marron, celui qui se met hors-la-loi. Mais, à travers les variations historiques et l’évolution des personnages, autant de réincarnations de l’ancêtre originel, le « Fugitif » qui a vécu la traite négrière mais a affirmé sa liberté, quel sens le romancier donne-t-il à l'héritage inscrit dans la mémoire des Antillais ?

Gaël Faye, Petit Pays, 2016
Le premier roman de Gaël Faye, Petit Pays, paru en 2016, connaît un succès immédiat, obtenant de nombreux prix littéraires dont le Goncourt des lycéens. Récit d’enfance à première vue, celle du personnage-narrateur au Burundi, l’œuvre dépasse, en réalité, la simple nostalgie d’un paradis perdu car les souvenirs racontés sont aussi ceux de la violence qui s’est déchaînée au Burundi et au Rwanda voisin. Comment l’écriture restitue-t-elle le regard et les interrogations de l’enfant, face à la découverte du monde adulte ?

Philippe Grimbert, Un Secret, 2004
Si Un Secret de Philippe Grimbert, paru en 2004, ressemble à une autobiographie, il s’agit bien d’un roman qui reconstruit le poids des silences ayant pesé sur son enfance, un vide qu’il a comblé en se créant un frère fantasmé et en imaginant un autre roman, celui qui a uni ses parents, Maxime et Tania. Mais, quand le secret est rompu par les confidences de Louise sur le passé parental, un autre roman va naître, en lien avec les réalités de l’Occupation nazie. Comment Grimbert met-il en scène ce parcours de l’imaginaire à la vérité, permettant l’accès à une conscience libérée ?

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Alma, 2017
Dans Alma, Le Clézio raconte la découverte de l’île Maurice par Jérémy Felsen, parti sur les traces du dodo, oiseau légendaire disparu, en fait sur les traces de sa famille mauricienne. Ce récit de voyage s’entrelace avec celui d’un autre « Dodo », le clochard au visage détruit. Jérémy appartient au monde des colonisateurs blancs, acteurs de l’esclavage, Dodo, lui, se rattache à « la mauvaise branche » des Felsen, rejetée car métissée : il erre dans l’île, puis entreprend une nouvelle longue marche en France. Les observations et les rencontres de ces deux narrateurs témoignent des réalités de l’île, passées et présentes. Mais, à travers leurs souvenirs entrecroisés, quel sens Le Clézio prête-t-il à son roman ?

Leïla Slimani, Chanson douce, 2016
Comment une nounou dévouée a-t-elle pu tuer les deux enfants tant aimés ? Cette question ouvre Chanson douce, roman de Leïla Slimani, prix Goncourt en 2016. Elle entrelace l’enquête de police et la description parallèle des relations au sein du couple parental et du parcours personnel de la nounou. Elle s’interroge ainsi sur les réalités socio-économiques, telles le comportement patronal ou le travail des femmes, et sur les ressorts au niveau de l'inconscient, collectif, tel le racisme, ou personnel dans la difficile construction d’une identité propre. Quelles réponses propose cette exploration des mécanismes de l’altérité ?
